L’Excision des filles au regard de l'Islam

écrit par Dr. Mohamed Salim Al-Awwa, Secretaire Géneral des Ulemas Musulmans

L’EXCISION DES FILLES AU REGARD DE L’ISLAM
 
ECRIT PAR DR. / MOHAMED SALIM AL-AWWA
SECRETAIRE GENERAL DE L’UNION MONDIALE DES ULEMAS MUSULMANS

pour "The National Council for Childhood and Motherhood" (Egypt), preparé pour la Conférence de Djibouti
 
Question (1) : Est-ce que l’excision des filles est un précepte de l’Islam et ceci conformément à des hadiths rapportés par le Prophète ?
Réponse (1) :
La Charia tire ses principes dans ses sources originales et authentiques, à savoir : le Saint Coran, la Sunna authentique du Prophète, le Consensus (Al-Ijma’) répondant aux conditions bien précises de la science de la méthodologie juridique, l’Analogie(Al-Qiyas) répondant également aux conditions d’authenticité.
Aussi, si nous souhaitons connaître l’avis de la Chari’a sur la question concernant l’excision des filles, nous devons d’abord commencer notre recherche dans le Saint Coran, puis dans la Sunna, puis le Consensus puis étudier dans quelle mesure il est possible d’appliquer l’Analogie.
- Le Coran ne contient aucun texte faisant allusion, ni de près ni de loin, à l’excision des filles. De même, il n’y a aucun consensus sur un arrêt légal (hukm char’i) concernant cette question, tout comme aucune analogie ne peut s’y appliquer,
- En effet, c’est dans la Sunna que cette question puise sa légitimité basée sur une interprétation de certains hadiths attribués au Prophète (PBSL). Toutefois, il n’existe aucun texte authentique justifiant un arrêt légal sur une question aussi importante concernant la vie humaine,
- Et selon la science, ce type de hadiths ne peut être pris en considération, seul les hadiths authentiques pouvant faire force de loi.
Les hadiths concernant l’excision :
Premier hadith, le plus répandu :
On rapporte que le Prophète (PBSL) a dit à « Umm ‘Atiya », une femme qui pratiquait l’excision des filles à Médine :
« Ô Umm ‘Atiya, coupe légèrement et n'exagère pas (ashimmi wa-la tanhaki) car c'est plus agréable (asra) pour la femme et meilleur (ahda) pour le mari ».
-         Ce hadith a été rapporté par Al-Hakim, Bayhaqi et Abu Daoud avec des versions similaires et avec une chaîne faible, comme l’a indiqué Al-Hafidh Zen Al-Din Al-‘Iraqi dans son analyse de « La revivification des Sciences de la Religion » écrit par Al-Ghazali (148/1),
-         Abu Daoud a fait le commentaire suivant sur le même hadith dans son recueil avec une version différente de la précédente : ce hadith a été rapporté par Abdallah Bin ‘Amru de Abdoul-Malik avec le même contenu et la même chaîne de transmission, mais ce hadith n’est pas authentique, il est de type « mursal » (la chaîne de garants n’est pas fiable), et son rapporteur Mohamed Bin Hassaan Al-Koufi n’est pas connu, par conséquent ce hadith est faible,
-         L’Imam Shamsel-Din Al-Haqq Al-‘Adhim Al-Abadi a, dans son commentaire du texte de Abu Daoud, écrit ceci : « le hadith est donc faible en raison de son irrégularité et parce que son rapporteur, Mohamed Bin Hassaan Al-Koufi n’est pas fiable. Ibn ‘Adi et Al-Bayhaqi ont confirmé comme Abu Daoud l’identité obscure du rapporteur, mais Al-Hafidh Abel-Ghani Bin Saïd a, quant à lui affirmé ceci : « le rapporteur s’appelle en fait Mohamed Bin Said tué pour apostasie. Aussi, Mohamed Bin Hassaan ou plutôt Mohamed Bin Said Al-Masloub est un menteur et les savants disent qu’il a inventé quatre mille hadiths qu’il a attribués au Prophète (PBSL). L’Imam Ahmed rapporte qu’il a été assassiné et crucifié par Al-Mansour pour athéisme (zandaqa).
-         Les contemporains ont rassemblé les chaînes de transmission de ce hadith mais toutes sont faibles et ne font pas force de loi. D’ailleurs, le savant Mohamed Lutfi Al-Sabbagh (Professeur des Etudes Islamiques à l’Université de Riyad en Arabie Saoudite) a, dans sa thèse sur l’excision affirmé ceci : « Prends plutôt l’avis de ces deux grands que sont Abu Daoud et AL-Bayhaqi qui l’ont jugé de faible et ne considère pas ceux qui l’ont authentifié par la suite ».
L’Imam Shamsel-Din Al-Haqq Al-Adhim Al-Abadi avait affirmé ceci : « en fait, la question de l’excision des filles a été rapportée dans plusieurs textes mais tous ces sources sont faible et peu fiables, qui ne peuvent faire en aucun cas force de loi ».
Aussi, le hadith de « umm ‘atiya » n’est en aucun cas valable.
Deuxième hadith :
Il est rapporté d’après le Prophète (PBSL) :
« La circoncision est une sunna pour l’homme et un honneur pour la femme »
-         Al-Hafidh Al-‘Iraqi a, dans son analyse de « La revivification des sciences de la Religion » affirmé que ce hadith est également faible. Les Imams Al-Bayhaqi, Ibn Abi Hatim et Ibn Abdal-Ber l’ont précédé dans ce même avis. D’ailleurs, l’ensemble des chaînes finissent par Al-Hajjaj Bin Artat qui n’est pas digne de confiance,
-         Al-Hafidh Ibn Hajr a aussi confirmé la faiblesse de ce hadith dans son livre « résumé de l’œuvre de l’actualisation des hadiths de Rafi’i) et repris les propos de Al-Bayhaqi disant « c’est un hadith faible et de transmission discontinue », ainsi que les commentaires de Ibn Abdal-Ber dans « introduction à la sémantique et aux chaînes de garants dans le Muwatta’ », a fait savoir que sa chaîne de transmission comprend un rapporteur indigne de confiance,
-         Al-Hafidh Abi Omar Bin Abdel-Ber avait écrit dans son livre « introduction à la sémantique et aux chaînes de garants dans le Muatta’ » : que ceux qui se basent sur le hadith de ce Ibn Malih pour rendre l’excision sunna ont tort, puisque le texte est rapporté par Hajjaj ibn Arta’a qui n’est pas digne de confiance, contrairement au consensus des musulmans sur la circoncision des garçons.
Aussi, ce texte ne peut faire force de loi car c’est un texte faible attribué à un rapporteur peu crédible en matière de transmission de hadiths, par conséquent on ne peut s’y référer pour justifier un arrêt légal concernant une sunna, un miracle, ou même un acte recommandable lequel est également un arrêt légal qui doit être basé sur une preuve authentique.
Ceci ne veut surtout pas dire que ce cas est isolé, au contraire, il existe d’autres hadiths comme celui d’umm ‘atiya , sauf que ceux qui se sont basés sur ces preuves ont avancé des interprétations se contredisants et rendant ces hadiths encore plus faibles.
Supposant que ce hadith soit acceptable – même s’il ne l’est pas – il ne peut y avoir de comparaison possible entre la circoncision des garçons et l’excision des filles car cette dernière n’est pas sunna, mais peut être makrumah « honorifique ». Et même si c’était le cas (makrumah), cette pratique était courante bien avant l’Islam, et l’Islam l’aurait adoucit par ces termes « coupe mais n’exagère pas » comme cela a été rapporté dans le hadith faible.
Certaines femmes de mérite ont relevé une contradiction dans le hadith même, disant que le début du texte contredit la fin : en effet, le début du hadith encourage l’excision et la fin reconnaît que le fait de garder une partie du clitoris est « plus agréable (asra) pour la femme et meilleur (ahda) pour le mari ». Or si tel est le cas, pourquoi ne pas le garder entièrement, parfaire la beauté de la femme et satisfaire le mari. Par ailleurs, le hadith ne peut supporter une autre interprétation autre que celle-ci, à supposer qu’il soit authentique.
Si le Prophète avait voulu mettre au même niveau la circoncision des garçons et l’excision des filles,
il aurait tout simplement dit « La circoncision est une sunna pour l’homme et pour la femme » ou « La circoncision est une sunna » de façon à en faire un arrêt légal général.
Tout ce raisonnement confirme les dires de l’Imam Ibn Al-Moundhir, un des grands savants du 4ème Siècle de l’Hégire « il n’existe aucun texte instituant l’excision ni aucune sunna à suivre ».
D’ailleurs, le savant et professeur Mohamed Rachid Rida a repris ces dires pour répondre à une question qui lui a été posé par le journal « Al-Manar ».
L’Imam Al-Chawkani dit à ce propos: “le hadith en soit ne peut être retenu comme preuve puisqu’il ne traite même pas le thème en question. Quant au terme « sunna », il a un sens plus large aux « yeux des législateurs (Allah et Son Messager) », par rapport aux juristes. De plus, il n’existe aucune obligation claire en ce qui concerne la circoncision des garçons même s’il est convenu que c’est une sunna. C’est le cas pour le reste des autres normes de la « fitra » (Réf : Neyl Al-Awtar), 1/135).
Le savant, Cheikh Sayid Sabeq a, dans son livre intitulé « la jurisprudence » confirmé que « les hadiths sur l’excision des filles étaient tous faibles ».
Troisième hadith :
Ce Hadith a été rapporté par Abdallah Bin Omar que lors d’un discours le Prophète a ordonné aux femmes des Ansars de faire la circoncision, mais c’est un hadith faible. Al-Chawkani dit à son propos : « dans la chaîne de transmission avancée par Abi Nou’am, un rapporteur de hadiths, on retrouve Moundil Ibn Aliqui qu’ est peu fiable, quant à la chaîne des garants avancée par Ibn ‘Adiy, on retrouve Khaled Bin ‘Amrou Al-Qarachi qui est moins crédible.
Quatrième hadith :
Dans la Sunna authentique, on retrouve un hadith rapporté par ‘Aïcha et remontant jusqu’au Prophète (PBSL) : « si les deux parties circoncises «(al-khitan) se rencontrent, les grandes ablutions s’imposent », on retrouve ce hadith dans le « Muwatta’ » de Malik, dans le « Sahih Muslim », Thirmidi et Ibn Maja le citent également ainsi que les auteurs des autres recueils de hadiths.
-         Les termes pris comme preuve ici sont « les deux parties circoncises ». En effet, certains peuvent avancer ces arguments pour légitimer l’excision puisque le Prophète a bien spécifié qu’il existe des parties circoncises chez l’homme comme chez la femme,
-         Or il n’existe aucune preuve dans ces mots légitimant l’excision des filles, car en langue arabe, il est possible de généraliser un terme pour désigner des choses similaires, en utilisant le terme le plus connu, le plus fort, le plus simple ou le plus puissant et l’on retrouve dans les dires des savants par exemple :
-         les deux Omars( pour désigner Abu Bakr et Omar), les deux lunes
( le soleil et la lune), les deux feux( également le soleil et la lune, or la lune n’émet aucune lumière mais reflète simplement celle du soleil), les deux ‘ichas soirs ( la prière du maghreb et celle de ‘icha), les deux dhouhrs ou midis (prières de midi et après midi),les deux noirs (les dattes et l’eau) alors que l’eau n’a aucune couleur. Les arabes avaient l’habitude de faire prévaloir le plus fort ou le plus capable dans la dénomination de façon générale, ils ont par ailleurs appelé le père et la mère « parents » sur le même principe, dérivant le mot à partir de « père ».
-         Nous retrouvons le même cas de figure dans Coran : sourate Al-Fatir, verset 12 : « Les deux mers ne sont pas identiques, celle-ci est potable, douce et agréable à boire, et celle-ci est salée, amère. » , la 1ère est la rivière et la 2ème la véritable mer, dans ce cas la mer prévaut sur la rivière car elle est plus imposante.
-          Parfois, c’est le féminin qui prévaut, par exemple « les marwatan » pour désigner « safa et marwa » à la Mecque, ou les deux ors « l’or et la soie », la couleur de l’or étant plus éclatante. Ces méthodes sont donc très courantes dans la langue arabe.
Par conséquent, le terme « khitan » ne peut être avancé comme preuve pour légitimer l’excision des filles puisqu’il n’a été utilisé que dans cette figure de style où le plus fort, c’est-à-dire l’homme ici, prime sur le plus faible qu’est la femme. De plus, le hadith en question évoque les grandes ablutions et ne parle pas du tout de la circoncision. Quant aux ulémas, ils interprètent ce hadith, toujours dans le sens des grandes ablutions et ne rendent celles-ci obligatoires qu’en cas de pénétration et ne s’arrêtent pas au touché. Or si le hadith n’a même pas été considéré dans son sens littéral pour le cas qu’il est sensé traiter, à savoir les grandes ablutions, comment peut-on aller loin dans son interprétation et lui attribuer d’autre notion.
Cinquième hadith :
On le retrouve dans les deux grands recueils et il est également rapporté par Abou Daoud, Al-Thirmidi, Al-Nissa’i, Ahmed et Malik dans son « Muwatta’ » : Abou Hourayra a rapporté du Prophète ceci : « la fitra consiste en cinq (normes que Dieu inculque à sa création) ou cinq appartiennent à la fitrah : le rasage du pubis, la circoncision, la coupe des moustaches, l'épilation des aisselles et la taille des ongles »
D’après Aïcha et d’autres compagnons, les normes de la « fitra » vont jusqu’à dix dont le fait de raser les moustaches et laisser pousser la barbe.
Ce hadith ne peut être considéré comme une preuve de l’institution de l’excision des filles puisque le fait de couper les moustaches et laisser pousser la barbe concerne uniquement les hommes. D’ailleurs, le hadith concernant la fitra a été rapporté par Malik, d’après Yahya, d’après Saïd : le Prophète Ibrahim (PBSL) fut le premier circoncis et tous les savants ont été unanimes à ce propos. Ibn Abdel-Bar a, dans son « introduction » rappelé que cette pratique a été observée par l’ensemble des Prophète et qu’en aucun cas il n’était permis à l’homme de l’outrepasser. Quant à l’excision des filles, il l’a rejetée.
Par conséquent, on ne peut se baser sur certains de ces hadiths pour prétendre que l’excision des filles fait partie de la fitra, car seul la circoncision a été évoqué dans ces derniers et le terme « khitan » en arabe ne fait référence qu’à la circoncision des garçons et les ulémas sont unanimes là dessus. En ce qui concerne l’excision des filles, le terme de « khitan » n’y est utilisé que dans le cadre de figure de style et non parce qu’il comprend le même sens, le terme « khifadh » serait plus approprié car il comprend le sens de diminution, de réduction.
Le fait que le Prophète(PBSL) n’ a pas excisé ses quatre filles est une preuve suffisante que l’excision n’est pas un précepte de l’Islam, car si c’en était un le Prophète (PBSL) aurait été le 1er à l’appliquer sur ses filles.
Ainsi, on ne trouve aucune trace dans la sunna authentique justifiant cette pratique, et tous les arguments avancés se basent sur des hadiths faibles ne pouvant justifier un arrêt légal. Par conséquent, cette pratique n’est qu’une tradition parmi tant d’autres que l’Islam a laissé au temps et à la science de réglementer et interdire.
Deuxième question
les écoles juridiques avancent des avis différents sur cette question, par exemple d’après l’Imam Chafi’i : « la circoncision est obligatoire pour l’homme et la femme », d’après l’Imam Ahmed Bin Hanbal : « la circoncision est obligatoire pour l’homme mais elle est honorable makrumah pour la femme », d’après l’Imam Abi Hanifa et l’Imam Malik « la circoncision est une sunna pour l’homme et makrumah pour la femme ». Aucun n’a interdit l’excision des filles. Aussi, ne peut-on pas conclure que sa pratique est permise puisque aucun ne l’interdit ?
Deuxième réponse :
Les Ulémas en jurisprudence conviennent que la science de la jurisprudence pratique est une science qui se base sur des preuves claires tirées des textes du Saint Coran, de la Sunna authentique, du consensus avec ses conditions définies par la jurisprudence et de l’analogie répondant également aux conditions bien définies.
Quant au jurisconsulte, il doit avoir, en plus d’une connaissance pratique de la jurisprudence et de la Chari’a, une connaissance du contexte dans lequel il évolue, enseigner, donner des avis et juger les gens conformément à ce contexte.
Les jurisconsultes sont des êtres humains qui se sont spécialisés dans les sciences de la Chari’a pour en tirer des lois concernant les affaire des musulmans. Mais les avis des jurisconsultes ne peuvent être considérés comme « la Chari’a même », ni constituer une preuve en matière de « religion ». C’est plutôt, une démarche qui consiste à comprendre les textes religieux pour les rendre pratique dans la réalité. Elle n’est donc pas infaillible. Cette démarche peut être sujet à l’erreur. Le jurisconsulte est rétribué dans les deux cas, s’il voit juste, il aura une double récompense et s’il commet une erreur, il obtient une récompense(pour l’effort).
D’ailleurs, l’Imam AL-Chafi’i reconnaît lui-même : « mon avis est juste et peut être sujet à l’erreur et l’avis des autres est faux mais peut devenir juste ».
Par ailleurs, tout ce qui se trouve dans les livres de la jurisprudence ne relève pas de la « religion », tels que les questions concernant la médecine, la nourriture, l’habillement, etc..
- Nous retrouvons un bel exemple illustrant cela : il s’agit du cas de la fécondation des palmiers. Le Prophète (PBSL) a, dans un premier temps interdit aux musulmans de pratiquer cette méthode, les musulmans se sont conformés aux instructions du Prophète mais la récolte n’ a pas été fructueuse et le Prophète (PBSL) a reconnu : « vous connaissez mieux (que moi) vos affaires temporelles ».
Ainsi, il a marqué une nette différence entre ses instructions concernant les questions ayant trait à la religion et le dogme et les questions relatives à la vie d’ici-bas.
Aussi, partant de ce principe, le jurisconsulte doit laisser les gens pratiquer ce qui leur convient du moment que cela ne contrevient pas à un texte authentique.
Quant aux questions concernant la médecine dans les recueils de hadiths et les livres de jurisprudence, elles ont trait au monde profane. Par conséquent, le jurisconsulte n’est sollicité qu’une fois que la science et la médecine aient statué sur une question précise, car c’est au savant et au médecin de définir la réalité et l’avis du jurisconsulte se base sur celui du médecin et non le contraire.
Si nous appliquons les règles précitées, seule une personne répondant au profil du jurisconsulte devra se penche sur une question aussi sensible et délicate touchant de très près la vie de nos filles et leur avenir, afin de mieux les guider et les orienter, et non au profil du prêcheur, exégète ou spécialiste du hadith.
De plus, celui-ci devra avoir une excellente connaissance des différentes sciences islamiques – notamment la jurisprudence et sa méthodologie – en plus d’une connaissance approfondie de la tradition en question, tant sur ses origines historiques, que ses raisons sociales et culturelles, mais également la réalité scientifique sur la fonction des parties enlevées et la perte du plaisir légitime reconnu par la religion. Le jurisconsulte pourra émettre un avis après avoir réuni tous ces éléments et non en se basant sur des considérations populaires.
Or l’avis médical sur cette question est bien clair : l’ablation d’une partie ou de la totalité des organes génitaux externes de la femme constitue une atteinte à l’intégrité physique de celle-ci et la priver du plaisir sexuel. Par conséquent, ceci est une pratique sociale visant à assujettir la femme et limiter ses droits.
Troisième question : Le fait de prouver que les hadiths concernant l’excision des filles sont faibles, n’est pas assez pour interdire cette pratique, étant donné que certains prétendent qu’il est tout à fait possible de suivre des hadiths faibles du moment qu’ils appellent à l’éthique et aux bonnes mœurs ?
Troisième réponse :
Ceux qui utilisent ces arguments font allusion aux pratiques louables et non pas aux pratiques humiliantes et laissant des séquelles physiques et psychologiques sur les êtres humains comme ceci est le cas pour l’excision.
De plus, le fait d’interdire l’excision des filles conformément aux principes de l’Islam ne se base pas uniquement sur la réfutation des hadiths relatifs mais c’est une logique basée sur plusieurs points :
Premièrement : la compréhension scientifique et sociale du phénomène et non les propos populaires, à savoir :
1-     définition scientifique de cette pratique,
2-     les fonctions naturelles des parties en question chez la femme,
3-     les conséquences médicales et psychologiques que cette pratique engendrent chez la fillette et la femme plus tard,
4-     les raisons sociales, c’est à dire quelles sont les raisons qui poussent la famille égyptienne à pratiquer l’excision de leurs filles.
Deuxièmement : l’avis du jurisconsulte basé sur une compréhension de ladite pratique tant sur le plan scientifique que social. A partir de cette démarche, il promulgue un arrêt légal tiré des sources authentiques, à savoir le Coran ; la sunna, l’analogie, etc..
Premièrement :
1- la compréhension scientifique de l’excision des filles :
* la définition scientifique : il s’agit de procéder à l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme :
La définition scientifique est différente de la définition courante dans le milieu des praticiens qui prétendent enlever une partie « excédante » de ces organes, et le terme « partie excédante » suppose que celle-ci n’a aucune fonction et que sa présence peut entraîner des problèmes de santé , alors que la définition scientifique précise qu’il s’agit d’organes, et le terme organe signifie tout ensemble de cellules nourries par les veines sanguines et traversées par des nerfs, remplissant des rôles vitaux pour l’organisme humain.
* les fonctions naturelles de ces organes selon les médecins :
- protège les autres organes du vagin,
- émet des sécrétions facilitant le rapport sexuel et augmentant le plaisir charnel de l’homme et de la femme,
- réalise la jouissance sexuelle chez la femme – légitime sur le plan religieux et humain – de façon naturelle,
- oriente le liquide urinaire vers l’extérieur sans contact avec le corps et assure par la même occasion l’hygiène de cette partie du corps.
2- LES CONSEQUENCES MEDICALES, PSYCHOLOGIQUES ET SOCIALES CAUSEES PAR L’ABLATION DE CES PARTIES :
En se basant sur tout ce qui précède , nous pouvons mesurer les conséquences médicales et psychologiques de l’excision des filles, à court et à long terme comme l’ont fait par ailleurs les livres de médecine, à savoir :
Sur le plan de la santé :
• la femme est privée d’une partie ou de la totalité des fonctions naturelles assurées par ces organes, et cela en fonction du type d’excision pratiquée,
• la petite fille puis la femme plus tard subie des complications sanitaires dont elle souffrira tout au long de sa vie.
Sur le plan psychologique et social :
• l’excision est en soi une expérience douloureuse pour la petite fille pouvant lui causer des problèmes psychologiques, telles que ; la peur, l’angoisse, la perte de confiance en soi et dans les parents,
• la fillette garde une image dénigrante de sa personne, considérée comme un être irresponsable et incapable de respecter son corps, de le préserver et de maîtriser son comportement grâce à ses principes religieux, sa raison et sa conscience. Et, qu’il faut par conséquent, procéder à l’ablation de ses organes génitaux pour l’obliger à observer une bonne conduite. De cette façon, nous inculquons de mauvais enseignements à nos filles aussi bien sur le plan individuel que collectif, d’autant plus que ces derniers sont complètement faux.
3- Pourquoi les familles égyptiennes excisent leurs filles, et quelles sont les croyances et les traditions qui favorisent sa perpétuation ?
Les chercheurs ont conclu que l’excision des filles était une coutume sociale soutenue par un ensemble de traditions ancestrales – n’ayant aucune preuve scientifique – dont les plus importantes sont les suivantes :
• l’excision contribue à la réduction de l’instinct sexuel chez la jeune fille et la femme mariée, par conséquent, elle aide à préserver la chasteté et l’honneur,
• la femme non excisée est très exigeante sur le plan sexuel, alors que la femme excisée est plus calme et moins exigeante, pouvant préserver l’honneur de son mari en cas de maladie ou d’absence. Tout cela pour garantir le bonheur et la satisfaction du mari et le rassurer sur le bon comportement de sa femme,
• les croyances légendaires concernant l’importance et le rôle de ces organes génitaux : à savoir que l’excision aiderait la jeune fille à mûrir et la préparerait au mariage la rendant plus féconde,
• l’excision est une opération esthétique et hygiénique la débarrassant de parties impures et laides.
Deuxièmement :
- la lumière de ce qui a précédé, nous pouvons exposer les principes de l’Islam pour réfuter cette coutume ancestrale :
• il n’existe aucune preuve, dans le droit musulman, instituant l’excision des filles en tant qu’obligation, sunna ou même makrumah comme nous l’avons démontré plus haut,
• la valeur de corps en Islam et les autres religions célestes, ainsi que le droit de chaque individu (homme ou femme) de jouir d’une âme et d’un corps saints, conformément au hadith du Prophète (PBSL) « ni nuisance ni préjudice ».
Ce hadith interdit à tout musulman et musulmane de porter préjudice sur soi-même ou sur les autres. Toutes les sciences nouvelles et l’expérience humaine ont démontré que l’ablation des organes génitaux de la femme la privant d’une partie vitale de son corps et des fonctions nécessaires à l’organisme que ces derniers assuraient, lui causaient des conséquences médicales et psychologiques tout au long de sa vie.
Par conséquent, il est impossible de tolérer ce préjudice conformément à la Chari’a car Dieu dit dans la sourate Al-Nissa’, verset 29 « Et ne vous tuez pas vous-même » et dans la sourate Al-Baqara, verset 195 « et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction ». Or il est évident que c’est un grand dommage et même une sorte de crime moral, de priver la femme de son droit à la jouissance à cause de cette tradition obsolète attribuée sans preuve à l’Islam.
3-interdiction de changer la création de Dieu :
Dieu dit dans Son Saint Coran, sourate Al-Tiin verset 4 « Nous avons certes créé l’Homme dans la forme la plus parfaite », est-ce que les gens viendraient prétendre que l’excision est une opération esthétique pour la femme comme si Dieu a créé le corps de la femme avec des défauts qu’ils se chargeraient de corriger. A Dieu n’en plaise !!!
Au contraire, l’excision est une transformation et déformation de la création de Dieu par la blessure et l’amputation.
De même, le Prophète a interdit de déformer la création de Dieu en maudissant « les transformateurs de la création de Dieu ». Le Coran considère comme péché l’amputation d’une partie des organes même des animaux. D’ailleurs, c’est le pacte que Satan s’est fixé pour détourner les êtres humains du droit chemin en les incitant à changer la créature de Dieu.
Dieu dit dans le Coran, sourate Al-Nissa’ verset 119 « Dieu l’ayant maudie [Le démon dit] : Oui, je prendrai un nombre déterminé de tes serviteurs; je les égarerai et je leur inspirerai de vains désirs; je leur donnerai un ordre, et ils fendront les oreilles des bestiaux; je leur donnerai un ordre, et ils changeront la création de Dieu. Et quiconque prend le diable pour allié au lieu d’Allah, sera, certes, voué à une perte évidente ».
4- les enseignements de l’Islam confirment le droit de la femme à jouir de sa relation conjugale :
Les enseignements de notre religion nous invitent à respecter la relation sexuelle entre l’homme et sa femme, et confirment le droit de chacun des partenaires à réussir cette relation. Or celle-ci est vouée à l’échec si un partenaire jouie et non l’autre. Elle devient purement sexuelle (physique)et favorise l’égoïsme, ce dont l’Islam nous interdit.
Les croyances que nous avons héritées de nos ancêtres concernant cette relation glorifie le droit de l’homme à la jouissance et n’évoque pas la femme. Aussi, ces idées se sont-elles perpétuées au fil des temps au sein de nos sociétés, au point d’associer l’excision de la femme au bonheur de l’homme et sa jouissance.
L’Islam reconnaît le besoin de l’homme et de la femme et considère la recherche du plaisir sexuel comme étant un droit naturel. Le rôle de la religion n’étant pas de combattre les normes de la nature (fitra), mais de les réglementer et assurer la réalisation du plaisir dans un cadre légal. L’Islam s’est effectivement intéressé à cette question et appelé au respect de cet aspect afin de permettre à la femme de bénéficier de son droit à la jouissance autant que l’homme.
Le Coran garantit à la femme ce droit dans la sourate Al-Baqara verset 223 « Vos épouses sont pour vous un champs de labour, allez à votre champ comme (et quand) vous le voulez et oeuvrez pour vous-mêmes à l’avance. », c’est à dire préparez vos femmes avec des avances et des préliminaires de façon à ce que la femme puisse apprécier et jouir.
On trouve dans la sunna « si l’un de vous approche son épouse, qu’il l’aborde avec des préliminaires jusqu’à ce qu’elle ressente la même chose que lui, puis qu’ils s’unissent », « et si l’un deux vous s’unie avec son épouse, qu’il la fasse jouir, après l’acte, qu’il ne se détourne pas jusqu’à ce qu’elle obtienne également satisfaction ».
Or comment pourra-t-elle le faire si elle est privée des organes qui remplissaient cette fonction vitale dans son organisme ?
L’Islam a donc respecté les sentiments de la femme, contrairement à ces traditions que nous avons héritées de nos ancêtres et qui l’ont dénigrés au point de les écraser.
5-Les enseignements de l’Islam rejettent les croyances sociales poussant la société à pratiquer l’excision des filles :
Ainsi, l’Islam rejette les croyances qui poussent les familles à pratiquer l’excision de leurs filles. Par conséquent, ceux qui prétendent que la femme est un corps sans esprit, ou qu’elle n’a pas de personnalité, ou encore que le désir sexuel chez la femme est vingt cinq fois plus puissant ( !!!) n’avancent aucune preuve logique e scientifique allant dans ce sens. De plus, ces allégations vont à l’encontre des enseignements et des principes de l’Islam, notamment le hadith suivant « les femmes sont les sœurs des hommes ». Ce texte rejette de façon catégorique toutes ces allégations.
La femme, tout comme l’homme a des sentiments, des désirs, elle est douée d’une raison et d’une conscience lui permettant de préserver les principes de la religion et respecter son corps et sa chasteté. Elle dispose de tous les moyens pour devenir pieuse préservant les principes de Son Seigneur dans toutes ses affaires.
Certains ont prétendu que « l’excision était une façon d’ordonner et de contrôler les ardeurs de la femme », ce qui est contraire à la science, qui prouve que la source du désir de la femme est le cerveau et non les organes. Le comportement sexuel de la femme est comme celui de l’homme, qu’il soit bon ou mauvais, il est provoqué par le cerveau qui transmet l’ordre aux organes, ces derniers ne faisant qu’obéir. En effet, le corps ne fait qu’obéir aux instructions du cerveau et cela dans tous les besoins de l’être humain (nourriture, sommeil, sexe, etc….). Par conséquent, ce ne sont pas les organes génitaux externes de l’homme ou de la femme qui suscitent le désir ou définissent le comportement sexuel.
L’excision de la femme ne peut donc aider celle-ci à contrôler son désir ou son comportement sexuel. Ce comportement est le même chez la femme excisée et la femme non excisée, il ne peut être régulé que par les bonnes mœurs, l’éducation de la famille dans laquelle cette dernière évolue.
Par contre, le dérèglement ne survient que chez la femme excisée en raison de l’ablations des organes naturels qui sont désormais privé de leur fonction naturelle.
En Islam, la pureté, la chasteté et la préservation sont des valeurs requises chez la femme tout comme chez l’homme. Aussi, l’éducation, l’enseignement des bonnes mœurs et la crainte de Dieu sont les meilleurs garants pour préserver l’homme et la femme.
Quatrième question : La règle étant que tout est permis, puisqu’il n’y a pas de texte qui l’interdit, l’excision est donc permise selon la famille et le tuteur de la fillette ?
Quatrième réponse :
En effet, cette règle existe effectivement en jurisprudence, et elle concerne toutes les choses que Dieu a créé pour l’homme, comme l’eau, les arbres et autres ressources naturelles, quant aux questions concernant le corps de l’être humain, ses biens, son honneur et sa réputation, la règle est plutôt l’interdiction. L’Islam considère que le fait de porter atteinte aux biens et à la réputation des gens comme étant un crime et une violation, tout comme l’agression physique (coups et blessures, etc..) , et tout cela est très sévèrement puni par la Chari’a.
Or l’excision des filles est une agression physique, condamnable par la loi et la Chari’a. La règle étant dans le cas du sang, des biens et de l’honneur, l’interdiction et non la permission.
Cinquième question : l’excision des filles est une tradition ancestrale, or les coutumes font partie intégrante de la Chari’a, aussi, est-il permis de prendre cela en considération pour légitimer cette pratique ?
Cinquième réponse :
La tradition qui sera retenue ne devra pas contredire un texte juridique et doit être bénéfique aux gens et à la société. Or l’excision contrevient à la règle qui interdit de porter atteinte à l’intégrité physique des gens. Cette pratique ne peut donc être permise quoiqu’elle dure, car les traditions ne peuvent être considérées comme étant des preuves dans le contexte de la Chari’a. Par conséquent, un jurisconsulte ou une école juridique ne peuvent prendre cette pratique en considération à partir du moment où il leur apparaît qu’il n’existe aucune preuve authentique dans la Chari’a.
Sixième question : l’accord du tuteur de la fillette ou de son propre accord ne peut-il pas permettre l’excision sur le plan de la Chari’a ?
Sixième réponse :
Non, car le corps de la fillette n’appartient ni au tuteur ni à la fillette elle-même, et celui-ci n’a aucun droit d’en faire ce que bon lui semble, ce dernier n’a que le droit de l’éduquer et de la protéger. Le corps appartient au Créateur, nous n’y avons aucun droit ? Par ailleurs, l’Islam a interdit de porter préjudice au corps comme il a interdit le suicide.
Par conséquent, l’excision des filles devient un crime selon la loi et la Chari’a. Les jurisconsultes ont d’ailleurs imposé le prix de sang au complet en cas d’ablations des lèvres (partie externe des organes génitaux de la femme), ce prix est un sanction pour la personne ayant commis l’acte et un dédommagement pour la victime, car ont-ils précisé ces deux lèvres sont « le moyen de jouissance lors de l’union ». Or toute réduction ou suppression de ce plaisir est considéré comme un délit et une sanction s’impose. Aussi, il vaut mieux l’interdire au lieu d’attendre les conséquences et punir par la suite.
Septième question
Ce que nous voulons c’est l’excision selon la sunna et non l’excision africaine ou pharaonique( les mutilations génitales ), ceci afin de se conformer à la sunna prophétique et non pas aux propos des occidentaux. Par ailleurs, est-ce que tous les problèmes de l’Egypte ont été résolus pour concentrer tous nos efforts sur l’excision des filles ?
Septième réponse :
Il n’y a aucune pratique dans la sunna qu’on appelle « excision sunna des filles », d’autant plus que la vie du Prophète et de sa famille a été relatée en détails, mais à aucun moment il n’est mentionné que le Prophète a fait exciser ses filles et ses femmes.
La plupart des pays musulmans, tels que l’Arabie Saoudite, les pays du Golfe, le Liban, la Syrie, la Palestine, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Indonésie, la Malaisie, etc…. ne connaissent pas cette pratique. Or, est-il possible que tous ces musulmans puissent rejeter un des préceptes de l’Islam, ou une sunna prophétique que serait l’excision des filles comme le prétendent certains ?
L’intérêt de supprimer cette pratique n’a pas été suscité par la propagande occidentale, ni ne répond aux recommandations de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement qui s’est tenue au Caire en 1994, avec la projection d’un film représentant une opération d’excision en Egypte par la chaîne de télévision CNN, même si cela a provoqué l’indignation de tout citoyen et musulman soucieux de son pays et de sa religion.
Ce n’est pas non plus, un intérêt récent de la part des Muftis et Savants musulmans, ni de l’Etat et la société égyptienne. En effet, les médecins égyptiens ont appelé à la suppression de cette pratique pour des raisons de santé et ceci dès les années 20, à travers l’association des médecins (à ce moment-là le syndicat des médecins n’existait pas encore).
De même, il existe depuis les années 40, des fatwas (avis juridique) affirmant que l’excision des filles n’a rien à voir avec la sunna et qu’il n’y avait aucun mal à l’abandonner. A titre d’exemple, on citera la fatwa du grand savant et mufti égyptien Sheikh Hassanayn Makhlouf en 1949 , celle de Sayed Sabeq, auteur de « La jurisprudence » dans les années 40, une œuvre qui est devenue par la suite une référence car il y a traité tout les aspects de la jurisprudence musulmane en se basant sur les sources les plus authentiques. Celui-ci a écrit dans son livre : « les hadiths concernant l ‘excision des filles sont tous faibles ». De même, les fatwas du Mufti Mohamed Rachid Rida dans le journal « Al-Manar » de 1904 vont dans le même sens.
Par conséquent, l’intérêt pour cette question est d’ordre humanitaire avant tout. Je me demande comment un père ou une mère conscient des conséquences présentes et futures de cette opération peuvent l’accepter.
Alors, craignons Dieu en ce qui concerne nos filles et rappelons-nous le conseil du Proph&